Menhirs et dolmens de Bretagne : mystères et réflexions

Aujourd’hui je vous emmène faire un tour d’horizon de quelques sites remarquables du Morbihan. En effet, la région est connue pour ses dolmens et menhirs encore inexplicables du point de vue scientifique. Une mine de mystères. Pour ma part, ayant toujours été passionnée par les vieilles pierres que ce soit en architecture religieuse ou civile depuis le moyen-âge jusqu’à l’époque moderne, comment ne pas être comblée devant l’essence même de ma passion incarnée par ces blocs de pierres qui ont plus de cinq milliards d’années ? Un retour aux sources, l’origine cette fascination. Un matériaux si dur et noble, qui traverse les époques, voyant défilé l’histoire des hommes et capable de garder son secret aussi longtemps. Une tombe. Tiens, l’expression serait-elle bien choisie ?

A mi-chemin entre le carnet de voyages et l’article pédagogique, nous allons admirer et nous poser des questions tels de petits chercheurs scientifiques.

UN PEU D’HISTOIRE… (*)

Les mégalithes ne sont pas de l’époque d’Obélisque et ses copains… On ne sait jamais, je préfère le préciser, une erreur issue de la culture populaire est très vite assimilée malheureusement. Il faut remonter à l’époque des Homo Sapiens Sapiens vers 100 000 avant notre ère. On nomme cette ère chronologique le Néolithique qui voudrait dire « nouvelle pierre », vous voyez le rapprochement ? On trouve des mégalithes en Afrique, en Chine, au Proche-Orient et en Europe où le néolithique arrive vers 6 000 avant notre ère. A cette époque l’Homme devient sédentaire, cultive de l’orge, du blé, des fèves, des pois ou des lentilles et commence l’élevage. Il se met alors à construire des maisons en dur de près de 20 à 60 mètres de long dont on a retrouvé les emplacements des énormes piliers qui devaient soutenir une charpente pour le toit de chaume. On pense que les murs devaient être en torchis. Ces matériaux périssables et l’éloignement chronologique ne nous aident donc pas à être fiable à 100%, on est là dans la déduction archéologique. Or, l’Homme utilise aussi la pierre, un matériaux qui perdure, ce qui ajoute peut-être une signification aux édifices qu’ils conçoivent avec. Ainsi, dans cette nouvelle société sédentaire apparaît progressivement la notion de pouvoir et d’inégalité. Les archéologues prouvent l’émergence de cette nouvelle pratique par la fouille des lieux funéraires qui évoluent. Dans l’Europe occidentale et centrale on érige des tombeaux accessibles à tout moment pour y ajouter des corps, des offrandes ou servir un culte. Et bien souvent, ces derniers sont réservés à l’élite de la tribu : insignes de prestige et de domination sont retrouvés dans ces caveaux. Ces édifices sont en général identifiés, ce qui reste en revanche un mystère ce sont les menhirs..

Les alignements de Kermario à Carnac

Faisant parti des alignements de Carnac s’étendant sur 4km de Plouharnel à la Trinité-sur-mer, les alignements de Kermario comptent 982 menhirs qui sont l’objet de nombreuses interrogations. Ils pèsent entre 17 et 20 tonnes et sont enterrés de plus d’un quart de leur taille. On remarque qu’ils ne datent pas tous de la même époque et on observe une progression de taille d’Est en Ouest. A quoi servent-elles ? Quels sont leurs significations ?

On aura tout entendu à leur sujet : liés au culte du soleil, œuvre d’extra-terrestres… Et pourtant la thèse la plus soutenue serait l’hypothèse qu’ils soient liés au rituel funéraire. Sont-ils une délimitation vers un passage sacré ? Pourquoi il y aurait-il plusieurs alignements dans ce cas ? De mon côté, je trouve cela un peu trop simpliste de systématiquement associer ce qui n’est pas encore expliqué aux rites sacrés et funéraires. Certes cela peut paraître plausible mais on pense trop en fonction de notre culture visuelle propre. Si on se demande : à quoi cela ressemble-t-il ? La majorité répondre : à des stèles funéraires. Or pensez aux stèles dédicatoires au pied des temples Mayas, commémoratives d’évènements dans le palais de Mari ou instructive comme la stèle du code d’Hammurabi au Proche-Orient. Vous voyez bien qu’elles ne sont pas forcément associées au champ funéraire. Et s’il nous manquait une partie des données ? Peut-être y manque-t-il des inscriptions, des peintures, des matériaux périssables ?

Le doute plane et peut-être pour encore un moment. En effet, l’Etat préfère investir dans des barrières qui enceints les sites empêchant de se balader au plus près de ces pierres chargées de mystères et d’histoires plutôt que dans la recherche scientifique. Sous le prétexte de la préservation du patrimoine, le site est payant en haute saison seulement, tiens donc… Qu’en pensez-vous ? Une association s’est créée afin de lutter contre ce « marchandage » du patrimoine.

Non loin d’ici, nous rencontrons le géant de Manio, un menhir de 6 mètres de haut et son quadrilatère qui délimitait sûrement un tertre. L’accès à ce dernier site est pour le coup libre d’accès. Il faut marcher quelques minutes dans la forêt avant d’y arriver, prévoyez donc des baskets !

Le Tumulus de Kercado

Un tumulus ou un cairn dans le jargon d’archéologue c’est un amas artificiel de pierres qu’on élève au-dessus d’une sépulture. Il se peut que ce dernier soit couronné d’un monument ou d’un trophée, ici on y trouve un menhir indicateur. Il serait l’un des plus ancien de la région et mesure 30 mètres de diamètre pour 3 mètres 50 de hauteur. Daté d’après la technique du carbone 14, on estime sa construction vers 4500-4800 ans avant notre ère.

L’accès se fait par une petite porte qui mène sur un couloir recouvert de cinq dolmens. Au fond, nous débouchons dans la chambre funéraire, pas plus grande qu’à peu près 2 mètre sur 3, formée de huit menhirs supportant une table. Cette dernière est gravée de la hache double que l’on retrouve sur bon nombre de monuments mégalithiques funéraires mais que je n’ai pu la prendre en photo, faute de recul et de luminosité.

Découvert par les Chouans qui s’en servent de cachette lors de la Révolution, il faudra attendre 1924 pour que Zacharie Le Rouzic entreprenne des fouilles. On y trouve : un collier de 117 perles de « calläis » qui appartenait à un chef incinéré au centre du monument, des vases, du matériel de chasse, et des ossements. Le résultat de la fouille est conservé au Musée de la Préhistoire de Carnac.

L’entrée au site est payante car il se trouve sur un terrain privé, vous devrez débourser un petit euro pour y accéder avec quelques informations inscrites sur une fiche explicative qui vous sera prêtée.

Locmariaquer

Ce site regroupe trois monuments : le tumulus d’Er Grah, le menhir brisé et la table des marchands. Avant de commencer la visite, des panneaux chronologiques contextualisent les vestiges qu’il nous reste. Une vidéo explicative est également diffusée dans une petite salle. J’ai beaucoup aimé celle-ci car elle soulève pas mal de question sur ces fameux mystères qui planent autour de ces mégalithes.

Notamment pour le Menhir brisé, on ne sait toujours pas comment est-ce qu’il a été déplacé jusqu’ici. En effet c’est un type de granit qu’on ne retrouve que sur la presqu’île de Quiberon ou celle de Rhuys, on se demande donc comment le transport a été effectué. Même si on se doute que des rails en poutre de bois étaient utilisés pour la plupart des autres pierres élevées, la taille (près de 20 mètres), le poids (280 tonnes) et la distance parcourue rend cette technique caduque pour ce cas. Certains spécialistes avanceraient l’idée d’une pente glissante et huilée avec de la graisse animal. En ce qui concernerait un éventuel transport fluvial… grand mystère ! Si certains sont plus éclairés sur le sujet, j’aimerais grandement en savoir plus et découvrir vos théories. Son état actuel, brisé, sachez que les spécialistes bataillent encore pour savoir s’il est tombé suite à un séisme ou par l’action volontaire des hommes vers 4300 av. J.-C. Un avis ?

tumulus Er Grah
Tumulus d’Er Grah

Derrière ce menhir se trouvait 18 autres menhirs dont il nous reste que leur emplacement qui mènent au tumulus complètement fermé et sans accès. Par son étendu de 140 mètres on suppose encore une fois qu’il était destiné à un personnage important, ne pouvant apporter plus de témoignage à cause des nombreux pillages qu’il a subi. L’édifice fut entièrement restauré et reconstitué au XXe siècle, comme la table des marchands que l’on date de 4000 à 3900 av. notre ère.

Même si dans ce dernier le fruit des adjonctions sont mis en évidence par la différenciation des restaurations et des matériaux originels, ne vous laissez pas prendre au jeu, ce n’est que des reconstitutions d’après le rapprochement avec d’autres sites similaires, donc pas de certitudes ! En réalité le monument a été découvert sans son cairn mais à moitié enfoui par les couches de terres accumulés avec les années. Ce qui est remarquable pour ce monument est le fait qu’il nous renseigne sur le procédé de réutilisation des matériaux au Néolithique. Déjà, l’une des dalles date de la période du Grand Menhir et est donc antérieur au monument. D’autre part, sur le dolmen est représentée une partie d’un bovidé que l’on retrouve à Gavrinis, à 4km de là et on suppose que la dernière partie de la dalle serait employée dans le tumulus d’Er Grah. Ainsi, il est possible qu’un menhir fut réemployé dans ces édifices. Cela aurait-il un rapport avec l’effondrement ou la destruction du Grand Menhir ? L’arrivée d’une nouvelle tribu ? Ou la destruction d’un culte d’une divinité pour en adorer une autre ? J’avance l’idée d’un culte à une divinité par la présence de symboles en forme de croissant ou de crosse qui pour les spécialistes matérialiseraient respectivement le rayonnement et le pouvoir spirituel d’une divinité. Tant de questions qui restent sans réponses

Quel est ton ressenti par rapport à ses pierres ? As-tu des théories à partager ?

As-tu visité ces sites ?

(*) Index bibliographique : Schnapp Alain (dir.), « Les premières idéologies de pouvoir », dans Préhistoire et antiquité, des origines de l’humanité au monde classique, coll. Histoire de l’Art, Flammarion, Paris, 2011, p.80-87.

Publicités

3 réflexions sur “Menhirs et dolmens de Bretagne : mystères et réflexions

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s